La croix

 

Vénération de la croix

Il faut attendre le Vème siècle pour en trouver quelques représentations. La légende rapporte que l’empereur Constantin a eu la vision de la croix comme signe de victoire. Il adoptera ce signe comme étendard. C’est aussi à la même époque que remonte la fête de l’inventio crucis qui célèbre le fait d’avoir « retrouvé » la « vraie » croix du Christ à Jérusalem. La croix fixée dans sa forme latine va devenir objet d’adoration. Cette vénération va être confortée par l’introduction du « signe de la croix » auquel sera conféré une véritable efficacité.

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La piété liée à la croix ne concerne pas la mort du Christ (Vendredi Saint), mais sa résurrection (Pâques) : c’est un signe de victoire sur la mort. Elle orne les caveaux comme pour dire l’espérance de la résurrection. C’est au XIIème et XIIIème siècle qu’apparaissent, sous l’impulsion des Franciscains, les crucifix avec le Christ souffrant. À partir de ce moment, l’accent va porter sur la Passion et trouvera son apogée au XVème siècle. Le Retable d’Issenheim en est l’illustration la plus frappante. Au XVIème siècle la Réforme prendra ses distances avec l’adoration de la croix, adoptant d’ailleurs au XVIIème siècle un autre symbole (la croix huguenote). Plusieurs pasteurs ont refusé l’introduction de croix dans les temples quand le protestantisme a été à nouveau autorisé au XIXème siècle. Ils lui préféraient le symbole de la Bible sur les frontons et sur les tables de communion.

Celui qui porte sa croix

Il n’est pas rare de nos jours que la croix soit offerte ou portée comme s’il s’agissait d’un simple gri-gri protégeant du malheur. La loi française qui interdit maintenant son port « ostentatoire » en milieu scolaire rappelle que la croix a un sens bien identifié. Elle est symbole d’une foi qui s’affiche. En son temps Jésus disait aux responsables religieux : « Quel malheur pour vous, maîtres de la loi et Pharisiens, quand vous êtes des hommes faux ! Vous ressemblez à des tombes peintes en blanc. À l’extérieur, elles ont l’air belles. Mais à l’intérieur, elles sont remplies d’os des morts et de toutes sortes de choses pourries. De la même façon, à l’extérieur, devant les gens, vous avez l’air d’obéir à Dieu, mais à l’intérieur, vous êtes pleins de mensonge et de mal ».

Porter sa croix, c’est d’abord une démarche intérieure.

Note de la rédaction : La croix de vie a souvent été dite comme impure, car symbole des égyptiens, des Aztèques, pourtant les coptes et églises orthodoxes ont repris ce symbole.  Selon Christian Cannuyer « Aujourd’hui, seuls les coptes férus d’antiquité pharaonique recourent encore au symbole de la croix ansée. Dans l’usage courant, les croix que portent les chrétiens d’Égypte ou dont ils se tatouent ont une grande variété de formes, mais bien différentes de la croix ânkh. Très populaire est la croix « monastique » tressée de cuir rouge et noir, dont les quatre branches se terminent chacune par trois cercles, de façon à ce que l’ensemble symbolise les douze apôtres entourant le Christ.  » (source Art Sacré)

 

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La Croix source de vie

La croix dépasse d’emblée humiliation et souffrance, elle ouvre le chemin du Père : elle suppose de croire que Dieu aime le monde. Régine Maire dans La Croix du 13 et 14 septembre 2003.

En randonnée dans le Queyras cet été, j’ai été frappée par le nombre de croix plantées en des lieux inattendus. J’ai été touchée par cette présence « naturelle » de Jésus, loin de nos maisons et nos églises, « croix glorieuse » que nous fêtons en ce dimanche, croix porteuse de toute la gloire du Christ, porteuse de toute ignominie, porteuse de notre salut, signe et mystère de notre foi… que le texte de Jean permet d’éclairer.

Les versets d’aujourd’hui font partie du récit de la rencontre avec Nicodème, ce pharisien, notable juif venu voir Jésus de nuit. Il s’est mis en mouvement, attiré par Jésus, mais ne sait pas qu’il passe un seuil : celui de la foi. Il est comme nous, dans un mélange de foi et de non-foi : comment reconnaître en cet homme Jésus celui qui est « descendu » du ciel ? Comment voir la gloire de Dieu dans cet instrument de torture qu’est la croix ?

Ouvrir son intelligence et son cœur

L’échange avec Jésus a conduit Nicodème à ouvrir son intelligence et son coeur à la « nouveauté », aux événements, même s’il ne « sait » pas encore. Alors Jésus peut se « présenter » en vérité : « Nul n’est monté au ciel sinon celui qui est descendu du ciel », présence « d’en haut » à hauteur d’homme (Édouard Pousset). C’est l’incarnation, ce mouvement vertical qui rend Jésus présent à Nicodème comme à chacun de nous, pour peu que nous acceptions de voir, et qui se révèle pour peu que nous cherchions, même si c’est de nuit.

Cette rencontre personnelle est aussi une longue histoire : celle du peuple hébreu, celle de Moïse qui va être évoquée ici. La première lecture de ce dimanche raconte l’épisode du serpent de bronze dans le désert, qui fut guérison pour ceux qui avaient été blessés par les serpents à la morsure brûlante… Pour l’évangéliste, ce serpent élevé par Moïse est une figure du salut qui prend sens avec Jésus. Relevons que cette intervention de Dieu pour son peuple requiert une condition (à la différence de la manne ou de l’eau) : regarder vers le serpent pour conserver la vie.

Venir et voir, comme Nicodème, voir et croire comme ceux qui étaient au pied de la croix (Jean 19-37).

Après évocation de l’incarnation, le récit de Jean nous met en face de l’autre dimension de notre foi: le salut par la croix. «Il faut que le Fils de l’homme soit élevé», c’est-à-dire «glorifié», exalté dans la gloire de Dieu: pour Jean et sa communauté, la croix dépasse d’emblée humiliation et souffrance, et implique l’entrée instantanée dans la gloire du Père. Cette élévation va ouvrir à tout homme le chemin de la vie éternelle, le chemin du Père. Seule condition: croire, croire que Dieu aime le monde, tout homme, toute femme, tout enfant. Croire que la cause de Dieu et la cause des hommes sont inséparables, comme le sont la verticale, si présente dans ce texte, et l’horizontale soulignant l’ampleur universelle du projet de Dieu.

« Dieu a tant aimé le monde…« , rien d’essentiel à ajouter, réalité fondatrice sans que nulle réciprocité soit demandée ici. Dieu n’est que vie et salut. Cela, c’est Jésus qui le révèle, lui dont la parole éveille notre liberté comme elle a éveillé celle de Nicodème… Car Dieu se situe en partenaire, laissant faire à chacun ce qu’il veut: œuvre de lumière ou œuvre de ténèbres. Face au Christ, face à la croix, j’ai à prendre position. C’est lorsque je refuse le Fils que l’amour du Père devient jugement, dès aujourd’hui – comme la vie éternelle m’est donnée dès aujourd’hui et que le salut est pour aujourd’hui, si j’accueille Jésus sur la croix comme Parole du Père qui nous aime.

Cette croix si lourde d’amour, je peux l’accueillir sans peur comme chemin de vie, de guérison, de pardon, de lumière, comme signe de paix qui ouvre le passage vers le Père et fait de mon existence une existence de fils et de fille à inventer, à vivre sous le mode du don, du partage, du respect. Source de joie. Accomplissement de l’espérance et de l’amour.

Régine Maire, La Croix – 13-14 septembre 2003

Sources photographiques
Julien Vachon / La cène du Christ extrait de « Jésus la fresque musicale »
Pietro Almondo / Croix1, Croix2
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